Par : André Valiquette, ARP
Consultant en affaires publiques
« Paradoxalement, ceux qui sont payés pour s’occuper de l’image des autres ont beaucoup de mal avec la leur ».
C’est la conclusion d’un reportage intitulé Le métier de relationniste et présenté au Téléjournal de Radio-Canada le 10 mars, à l’occasion de la clôture de la télésérie Mirador.
Ce reportage a repris le point de vue de la fiction produite par le même télédiffuseur : les relations publiques ne s’occupent que de gestion de crises! La seule question posée est de savoir si, dans le feu de l’action, « ceux qui veulent rester dans l’ombre », les relationnistes, manipulent l’information ou ne font que machiavéliquement la contrôler.
Il y aurait toujours un « spécialiste » entre nous et cette réalité. Il y a un profond pessimisme qui émerge de tout cela : la communication n’est pas une source de développement, mais de dégradation. À noter que ceux qui se donnent le beau rôle dans ces théories du complot, ce sont les justiciers (ou réalisateurs de téléséries) qui informent le bon peuple si « inconscient ».
Comme le propose le réalisateur de Mirador, « il y a toujours un message derrière le message ». Le message des deux journalistes auteurs du reportage, c’est que leur profession est noble - et ils ont raison -, mais difficile à exercer à cause des relationnistes et du pouvoir de l’argent. Là, on a un désaccord.
Il est temps de rappeler que toutes les entreprises et tous les grands projets ont besoin de communiquer. C’est pour ça qu’il y a 11 000 relationnistes au Québec.
Le reportage se plaint qu’il y a « seulement » 4200 journalistes. Comme toujours, leur monde semble tourner autour de la nécessité d’être mieux informés, ce qui est légitime, mais pas au point de nier la contribution d’autres professions au développement économique et social. En fait, ils ne saisissent pas ce que les relations publiques apportent de spécifique.
Avocats et notaires
Essayons de cerner la contribution distinctive des relations publiques en faisant une comparaison avec d’autres professions. Toute comparaison étant imparfaite, je dirais que nous sommes davantage les notaires que les avocats de différentes causes, dans notre domaine. Comme les notaires, les relationnistes cherchent à prévenir les conflits avant qu’ils ne débouchent devant le tribunal (de l’opinion publique), en faisant en sorte que tout le monde se comporte le mieux possible. Cela par un travail patient de communication auprès de tous les acteurs d’un dossier et en cherchant les possibilités d’ajustements mutuels. Une entreprise qui communique bien et régulièrement, dans le respect de ses parties prenantes et en tenant compte de l’intérêt public, y gagnera. Elle aura la force de l’intégrité par rapport à ce que l’on attend d’elle et réussira mieux en affaires, à long terme. Elle pourra rencontrer des problèmes, mais pas une crise profonde qui la mettra en danger.
La plupart des professionnels en relations publiques agissent avec un niveau assez élevé d’éthique, comme dans la plupart des professions; alors, pourquoi donc ce reportage et Mirador laissent-ils entendre que les relationnistes soient particulièrement malhonnêtes?
L’éthique est une question importante, qui interpelle le corpus de connaissance d’une profession et son souci de l’intérêt public. Un premier choix éthique à faire, c’est la relation qu’on veut avoir avec son client. Si on s’embarque avec de mauvaises causes ou avec des clients qui ne respectent pas l’intérêt public (comme c’est le cas de plusieurs protagonistes de Mirador), on va peut-être avoir des problèmes. Cette conclusion s’applique à tous ceux qui se joignent à un projet, qu’ils soient investisseurs, représentants d’un ministère concerné, avocats ou associés; la conclusion ne s’applique pas seulement à ceux qui deviennent relationnistes pour ce projet.
La raison d’être des relations publiques
Mirador, au-delà de son aspect vraiment divertissant, occulte la raison d’être de notre profession, créer une « société de confiance »1.
Les relations publiques apportent une contribution au développement politique, économique, social ou culturel, car les projets des innovateurs et des entrepreneurs doivent êtres connus et défendus s’ils veulent rassembler des appuis pour aboutir.
On oublie facilement que tout ce qui nous entoure, que ce soient des biens de consommation ou des institutions, a commencé par des projets. Ces projets ont eu besoin d’être communiqués pour capter des ressources au dépend d’autres approches ou entreprises concurrentes. Cette concurrence des intérêts et des idées est la seule qui permet à ce qu’il y a de meilleur d’émerger; les relations publiques y jouent un rôle stratégique en favorisant l’expression de ces possibilités tout en tissant des liens de confiance entre différents groupes sociaux. La confiance est la base des sociétés de droit et des communautés capables de créer de la richesse et du succès. C’est aussi notre core business et une condition de la démocratie dans une société ouverte. Rappelons à nos amis journalistes que nous participons avec eux aux fondements de la vie démocratique.
(1) Alain Peyrefitte, La société de confiance, Éd. Odile Jacob, 1995, 556 p.